12 février 2008

Notre recherche éperdue

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« L’homme sain est celui qui est capable de se confronter à l’inconnu, faisant œuvre de création. »
(Pierre Coret)

« S'interroger sur le concept de normalité [...] réinterrogeant la manière dont chacun de nous met en place des mécanismes d'adaptation de survie pour réagir et pour rééquilibrer le désordre de son monde interne et relationnel.

Comment chaque humain fait-il face à l’angoisse existentielle du sens de sa présence au monde, telle est la question fondamentale qui sous-tend notre recherche éperdue de vérité. »
(Pierre Van Damme)

 

Voilà à quoi je suis occupée à nouveau depuis quelques jours : travailler, lire dans le calme retrouvé d'un presque home sweet home, pouvoir me concentrer, méditer et avancer à propos ce qui a le plus de sens à mes yeux (mon cheminement personnel et ma future profession), qui commencent à cohabiter avec mes aspirations d'écriture.
Est-ce si éloigné ?

Sur cette photo (pas vraiment chez moi), on constate que les envahisseurs habituels peuvent surgir inopinémentent dans le paysage tranquille...

26 décembre 2007

De l'addiction à l'abondance

Petit carnet,
noté le 10 décembre 2007, et réécri aujourd'hui

Eperdue « Dehors» : Suite d'une journée somme toutes assez extra-ordinaire, au regard de mon train train.

Cheminant vers le métro habitée d’un ressenti qui a quelque chose à voir avec de la sérénité (…) mes pas me mènent vers la Fnac, où j'envisage un achat qui pour ne pas être compulsif ne me semble pas raisonnable… selon mes critères et paramètres du moment. Il me manque deux titres de cette auteure (Elizabeth George) dont je (re)dévore la série de polars depuis quelques semaines, à raison de plusieurs heures par jour (5 ou 6 parfois). Je m’entraîne à m’adonner à cette lecture compulsive sans culpabilité car c’est probablement ce que je peux faire de mieux – sans me faire de mal – pour atténuer le vécu de néant et l’angoisse qui affleurerait volontiers. Je dirais que j’y prends tout simplement du plaisir, et qu’en l’absence de contraintes je me l’autorise.

Je dégotte trois titres de cette auteure et assez fière de moi, qui fais si peu d’achats de m’autoriser sciemment celui-ci, et je me dirige vers les caisses… Où je découvre que deux de ces trois ouvrages ne me conviennent pas et je les laisse à la caisse ! Je me surprends, la nouvelle Eperdue me surprend…

Mon trajet me fait passer devant une boutique où je décide d’entrer (mais quelle folie) pour acheter une joujou-couic-couic pour Théo, moyennant 3€… et où au moment de payer je demande sur une impulsion à l’un des membres cacochyme de la famille d’ancêtres qui tient cette armurerie : « vous n’auriez pas des portes-clés ? » ayant en tête l’une de mes innombrables petites envies toujours frustrées. Et je m’entends dire : « Oh mais si ! J’ai… des animaux… attendez, alors voilà… une tortue, et aussi… » « Stop ! , je la prends ! ». Je n’en crois pas mes oreilles, (ma carte bleue non plus). Je vais enfin pouvoir caresser du bout des doigts cet emblème rassurant dans ma poche, accroché à mon trousseau de clés désormais à l’effigie d’une « tortue » (je deviens un peu fétichiste avec ce totem-symbole intime, et pseudo choisi il y a quelques années sur internet)…

Sortant de là dans un léger état d’ébriété émotionnelle, je crapahute jusqu’à l’arrêt de bus qui doit m’amener chez ma mère (la sorcière) , pour je ne sais quelle transaction convenue. Et voilà que je tombe sur une dame qui porte un manteau tel que je l’avais rêvé, style, ampleur et probablement, qualité laissant à désirer… Depuis quelques temps je m’autorisais à rêver d’acquérir (si, si) un manteau, long, noir, style doudoune mais pas trop quand même. Je questionne cette dame dans un dialogue Occident-Afrique-du-Nord qui me va en l’occurrence, et je découvre que l’objet de ma convoitise est disponible moyennant 30 € à République ! La dame me gratifie même du numéro de bus que je peux emprunter pour y arriver ! Et me voilà dans ce bus, rêveuse, parce qu’un peu à des années lumière de ma vie quotidienne, si enfermée, si étriquée, si anorexique de plaisirs de facilité et d’abondance… Je trouve la boutique, il y en a un, je l’essaye, il me VA ! J’achète… Bon, 40 €, mais c’est génial je vais enfin avoir chaud dehors, et ne plus superposer des couches de vieilles pelures ! J’ai chaud, j’ai des poches et une capuche !

Moi, cette coquette frustrée, ex acharnée compulsive de l'achat vestimentaire condamnée à m'habiller sempiternellement pareil, je me sens presque… neuve et d’apparence un peu moins poussiéreuse !

Voilà comment j’ai commencé ces derniers temps à savourer une sorte d’abondance embryonnaire. Depuis il y a quelque chose qui s’ouvre en moi, qui avait pour nid inconfortable cette sorte d’anorexie financière… Des petits signes, une sorte de fluidité, et pourtant rien n’a changé objectivement dans mes revenus officiels.

Seul mon regard intérieur sur mon droit à l’abondance a changé, et signe les prémices d’une abondance bien plus large, je le sens…

17 décembre 2007

Baromètre addicitf - 1


Petit carnet,
écrit le 10 décembre 2007

Eperdue « Dehors» :

Je m’achemine en ce mercredi de décembre dans un Paris humide et frais, clopin-clopante, ravie d’avoir à succomber encore une fois à mon addiction la plus saine, un rendez-vous chez l’un de mes « Magiciens. » Acte manqué ou pas, je me casse le nez suis trompée de jour, et faisant demi tour, je rêvasse assez sereinement sur ce que je vais faire de ce temps extirpé à ma sacro sainte bulle addictive du « Dedans », enrichie de surplus d’une somme que je n’attendais même pas (!) et tout en marchant les yeux fixés au sol comme à mon habitude, pour ne pas trébucher. Mes yeux se posent sur des fragments verts, morceaux de légumes, salade, chou… Je suis dans un quartier où une myriade d’asiatiques se livrent à des trafics commerces divers, surtout alimentaires en l’occurrence. Ces quelques végétaux me rappellent inexorablement à ma réalité alimentaire : l’anarchie la plus totale (qui se résumerait à : tout ce qui « cale » en cas de besoin, n'importe quand et quand j'y pense), à mes accès hyperphagiques si calmants, à mon incurie nutritionnelle, à mon allergie aux légumes, bref, à ma santé. Sur ce, toute absorbée par ma réflexion prophylactique, je bute presque sur une jeune femme plus que pâlotte, voire grisâtre, la peau fripée malgré son jeune age, agrippée à une clope qu'elle tête avidement comme si tout le sens de sa vie était accroché à cette aspiration éperdue. Et voilà que je me surprends à bénir tous les dieux de mon panthéon, et moi la première, d’avoir été libérée de cette dépendance : le tabac. Je repense alors à cet ex taulard, ex SDF, croisé dans un groupe qui proclamait : « J’ai la chance d’avoir d'la chance, et j'suis content d’être content ! ». Eh bien, moi aussi. J'ai été capable de vivre certaines choses jusqu'au bout du bout, pour avoir un jour simplement choisi la Vie.

 

Mon addiction à Mr Compaq, mon plus fidèle faux ami, étant ce qu’elle est, et mon souci de ne pas saborder ma journée de formation de demain encore plus forte, il est 00h00, alors je vous mijote la suite de mon baromètre addictif du moment pour… une autre fois.

02 décembre 2007

L’impuissance et la dictature du positivisme

Petit carnet,
écrit aujourd'hui, 2 décembre 2007

Eperdue « Dedans» :
 

Il y a des forcenés du positivisme qui proclament : « Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions ».


Et quand ces solutions tu n’en vois aucune ?
Et quand les solutions sont inaccessibles ?
Et quand tu te sens tellement dans l’impuissance que la seule solution c’est d’accepter l’impuissance ?
Et quand la seule solution c’est de faire sans argent ?
Et quand la seule solution c’est de te raccrocher à de petites solutions : te faire les ongles, sortir le chien, assurer ton loyer (au moins ça !) payer ta carte orange… et rien d’autre !
Et quand la seule solution c’est de te rendre à tes formations sans même savoir concrètement où ça va te mener dans les mois à venir, et comment concrètement tu vas l’utiliser ?

L’incertitude, l’insécurité, l’impuissance… C’est stoïque et incroyablement costaud de réussir à vivre ça comme ça, et à exister en le regardant en face sans faux semblants. Venez vous y frotter un peu, et vous verrez… Certains n’y survivraient pas.

Moi je dis que ces gens là qui disent ce genre de choses, c’est pour se rassurer eux-mêmes… Pour pas se flinguer.

Je hais la dictature du positivisme.
Il y a de quoi se flinguer tout de suite.

 

La réalité

Petit carnet,
écrit, le 30 novembre 2007

Eperdue « Dedans» :

 

Quand la pente du grand gouffre n’est pas loin, chaque petit détail, la plus infime petite chose de la vie courante peut devenir vitale : « Il fait jour dehors, mes draps sont doux, je vais mettre mes claquettes pour ne pas me geler les pieds sur la carrelage de la cuisine, il reste de petites fleurs aux Géraniums… »

La réalité. Se servir de ces petits riens de la réalité, du concret.

François Braconnier (psychiatre & psychanalyste je suppose) a dit dans « Les bleus de l’âme » :

- « Rappeler à l’anxieux que le monde réel ne disparaît jamais, même s’il en a l’impression lorsque l’angoisse le saisit. »

La réalité le plus souvent c’est mon chien qui me rend ce service là : la réalité de son souffle doux à mes côtés, d’une petite vie patiente, de besoins simples. La chaleur de son petit corps qui se prête aux câlins.

C’est toujours grâce à lui que je sors « Dehors » au moins une fois par jour quand rien d’autre ne m’y oblige.

Mon chien est un « chien thérapeute ».

 

La nausée

Notes de mon nouveau petit carnet d'écriture,
dans le RER, le 29 novembre 2007

Eperdue « Dehors» :

 

Le RER a du retard. « Indéterminé » affichent les panneaux qui ne sont pas encore en grève. Auparavant il y a eu à subir 15 mn d’attente du bus, arrêt du bus à mi parcours : - « prenez celui de devant », puis blocage du 2e bus dans les embouteillages, renoncer au 2e bus pour rejoindre le métro, correspondance pour le RER.

La journée commence bien…

Elle ressent une sourde nausée, faite d’inquiétude indistincte, plutôt de l’anxiété. Peut être même est-ce de l’angoisse. Le retard. La peur d’abuser face à sa responsabilité dans le travail qui lui est confié. Un relent de culpabilité…

Mais elle sait bien que cette nausée vient de strates antérieures à ces petits tracas qui auraient dû être banals.

Toujours comme si du trop avait été absorbé, du trop de situations, de stress, de peurs, et que son organisme éprouvait le besoin d’expulser ce qu’il ne pouvait assimiler.

Alors, trop de quoi ? Trop de gravité, trop de scrupules. Pas assez de recul dans les situations…

Pourtant la journée de la veille a été assez bonne, apaisée. Presque… légère. Rare !

Non, cette nausée c’est de la béance de blessure, du rejet du trop de soucis, trop lourds à porter seule. Un rejet de l’immonde de sa vie. Trop difficile pour elle, un rejet de l’impuissance.

La nausée de la honte d’avoir tant de mal à… trop de choses.

Le dilemne

Notes de mon nouveau petit carnet d'écriture,
le 23 novembre 2007, dans un bus.

Eperdue « Dehors» :

 

Le désespoir est tenace. Tenir… Tenir à quoi ? Tenir le coup ! Tenir sous les coups.

Fuir, mais où ? Sans argent, sans jambes, avec le chien. Qu’est-ce qui me retient ? La peur de mourir ? la peur de faire mal à ceux que j’aime, mes enfants, mes soeurs ?

Ligotée, impuissante à poser les actes impensables qui me libéreraient.

Je sais pourtant que ça peut être beau, les petits bonheurs de la vie.

Mais jour après jour, les herses qui repoussent l’intrus au-delà de mon périmètre endommagé en cours de construction, jour après jour chaque acte déchire mon cœur et nourrit la dépression. Elle me tient. Elle gagne à nouveau du terrain, insidieuse, perfide…

L’envie de tout plaquer, de fuir, cette bataille là est une des plus cruelle.

Renoncer à réparer et… trouver la force de construire autre chose.

 

Plus envie de vivre : exister, c’est trop dur.