12 mars 2008
Un SDF candidat aux municipales à Paris
Vous l'avez peut être croisé ? Jean-Marc Restoux, un SDF, RMiste s’est porté candidat aux élections municipales de Paris, dans le 6e arrondissement. Il a recueilli 3,73 % de voix, « presque autant que les Verts »… « Ça m'a couté 1500 € et avec mon RMI je vais avoir du mal à boucher le trou » (France2, le JT de 20h ce soir).
J’avais déjà aperçu cette trogne insolite chez le Hibou Philosophe (l'affiche électorale), et j’avais plaisanté sur sa tête de prophète cacochyme, je le regrette un peu. Je ne savais pas. Dommage qu’on ne lui ait fait de la pub à la TV qu’après le 1er tour. Le site Le mague se fait largement l'écho de cette initiative. Très belle photo sur ce site -->
En cherchant plus d'infos sur Google, je vois par le nombre de liens que cet homme qui n'a pas baissé les bras a fait couler de l'huile de claviers :
Voir encore ici, une autre vidéo que celle-ci :
et celle-ci aussi, peut être encore plus savoureuse et émouvante.
Je me suis bien dérobée à l'étrange questionnaire. Merci Jean-Marc, toi qui es à nouveau à la rue...
23:30 Publié dans Actualité, Les autres, Télévision | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, politique, information, actualité, journal-intime
22 février 2008
Les Biffins ou l'exclusion digne et organisée
Ce matin sur France Inter, un journaliste* interroge deux ou trois hommes en milieu urbain : ce sont des biffins. Visiblement ils évoluent dans un genre de « puces ». Bruits d'ambiance, ces hommes s'interpellent en répondant aux questions de Thomas Chauvineau. Voici ce que j'en ai retenu [convocation d'une mémoire vagabonde...] et peut être aussi pourquoi :
D'abord qui sont les « Biffins » : ce sont des personnes qui vivent aux portes des villes et qui vendent à la sauvette des objets recherchés la nuit dans les rues ou les poubelles, les rafistolent, puis les revendent trois francs six sous.
Les quelques hommes entendus ce matin sont Porte de Saint-Ouen, ils habitent sous des abris, et dans une grande précarité, mais ne se plaignent pas. Ils seraient même plutôt fiers, les biffins. Fiers d'être des travailleurs à part entière, fiers de leur autonomie : « Nous ne sommes pas des assistés, aucun de nous dans ce coin de périphérique ne touche le RMI ! » Ils demandent juste le doit à exercer leur activité : « tout le monde est content », rappelle cet homme là (oublié son nom, qu'il me le pardonne !), dont l'un des compères vient de dénicher une tondeuse pour 1€ « au lieu de 10 en magasin » ! Celui-ci dit vraiment travailler dur : « Le WE, quand je dors 6 heures en 3 jours je suis content ! » Il se fait environ 100 à 150€ par semaine, et dit-il ça suffit pour vivre a minima (sous le seuil de pauvreté). Il existe également une grande solidarité, une sorte de compagnonnage.
Bien sûr, comme partout dans les marchés parallèles et échappant aux taxes et autres contrôles institutionnels, il y a d'autres commerces moins licites, moins honnêtes et issus de vols, de rapines, les fameuses chutes de camions !
Le journaliste rappelle que les chiffonniers d'Emmaüs ont été des biffins qui se sont bien organisés.
Ce que clament aussi les Biffins c'est leur incompréhension devant les descentes de police (trois ce matin là sous les yeux du journaliste), qui leur confisquent (définitivement) leurs marchandises, puis les taxent pour vente illégale : « Je ne le fais plus moi, parce que j'ai eu une amande de 80€, que je ne veux pas payer ! ». Cet homme devra-t-il se rabattre sur un RMI, du coup ? « On veut sortir de la misère et on n'a même pas le droit de travailler ! » revendique le président de l'association Sauve-qui-peut.
Récupérer et recycler les déchets de notre société de consommation, c'est pas intelligent et citoyen, ça ?
Moi, je me pose des questions parce que j'ai une amie qui habite un bloc de tours dans cette même commune, où les bandes organisées, armées, dealent, assassinent, cambriolent, terrorisent, dégradent les biens collectifs, intimident... L'omerta règne par peur des représailles ; c'est une zone très circonscrite de non droit : on y voit très peu la police et les habitants des tours se taisent, souvent parents ou voisins des dealers... Bien sûr il y a des arrestations. C'est plus compliqué.
Alors ? Il est où le vrai danger pour l'ordre public ? Les biffins ils se voient mieux, moi je crois, ils déparent dans le paysage. Et je me dis : quel choix communal, quels choix nationaux et politiques ? Voir ce billet sur samizdat.net, délivrant plus d'infos sur les combats des biffins et leurs relations avec la très ambigüe politique sociale de la mairie du 18e...
Ça me touche d'autant plus que la vieille, j'ai regardé un documentaire sur France2, retraçant le parcours angoissant de personnes « expulsables » de leur appartement. Des êtres comme vous et moi, qui ont travaillé, mais peut être commis d'irréparables, impardonnables erreurs (ça existe, ça ?) : ce jeune couple surendetté avec un bébé, dont le juge en dernière instance proclame qu'ils devront être expulsés, pour n'avoir jamais pu payer les loyers, trop de dettes : « C'est la rue... » murmure la jeune maman avant de s'effondrer : « J'ai pas envie de ça, on a pas mérité ça ». Une association lui explique la procédure d'expulsion et l'attitude à observer... Une autre femme, 60 ans, ne travaille plus mais qui tarde à recevoir sa première retraite, doit quitter son appartement - deux ou trois mois de loyer en retard, trop de charges - l'appart où elle vit depuis 30 ans.
Et moi, je les ai trouvés dignes. Désespérés et dignes, comme assommés. Impuissants dans tous ces rouages implacables qui les dépassent déjà... certains trouveront des solutions, pas toutes pérennes.
Toute cette violence de notre société... dans laquelle j'ai moi-même failli être définitivement broyée aussi, pour cause de fracas dans ma vie. Cette société qui ne pardonne pas. Heureusement qu'il existe certaines familles soutenantes (dont la mienne), certaines associations aussi... Parce que ce ne sont pas les pouvoirs publics, à part certaines assistantes sociales - et encore ! - qui vont apporter des solutions à la misère sociale et humaine, à la pauvreté, à tous les exclus d'un système, et ce qui me concerne à titre personnel, à ceux qui recherchent des solutions de vie alternatives, des projets de vie qui leur conviennent à eux !
*Reportage de Thomas Chauvineau sur France Inter ce vendredi 22 février à 11h, dans l'émission Service Public.
Il est possible de contacter les biffins par mail, et le journaliste précise bien que les aider ça peut être venir leur acheter des bricoles ou (peut être ?) leur en apporter à vendre ? ... parce que les passages des encombrants dans les villes leur raflent sous le nez leur gagne pain à présent.
Association « Sauve-qui-peut » : les-biffins-de-la-porte-montmartre@hotmail.fr
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