03 avril 2008
Lectures et petits fours
Agustina Bessa Luis© Luisa Ferreira
Ce soir j'ai assisté à une lecture publique de l'auteure portugaise Agustina Bessa-Luis, par l'actrice Marie-France Pisier, dans un lieu pompeux et un peu suranné.
L'écriture de cette toute petite grande Dame - dans « La Sybile » surtout - est prenante, touffue, dépliée à l'infini dans les descriptions humaines, atypique et d'une incroyable richesse, un peu dépaysante aussi (Portugal du Nord, années 1950). Dans « Le Principe de l’Incertitude », roman triptyque plus récent, le ton est plus acide, voire cynique.
Marie-France Pisier est aussi belle, et vraiment gracieuse, que sa lecture désinvolte a mangé les mots ; elle semblait ne pas s'être immergée dans ce texte, dans une décevante posture de diva évanescente... (Quand même, je l'ai vue !)
Un buffet était prévu dans une salle attenante à hauts plafonds lambrissés de bois clair. Ce à quoi j'ai assisté m'a fait croire que je jouais comme figurante dans une mauvaise copie d'un film de Tati : je me suis trouvée prise dans une cohue infranchissable d'humains prêts à tuer pour garder leur place, les petits fours assaillis par un essaim de mouches, pire qu'une empoignade un premier jour de soldes, sauvagement happés par ces mêmes spectateurs recueillis 5mn avant devant l'estrade où l'actrice officiait (applaudissements épars), mais qui semblaient apparemment ne pas avoir mangé (ni bu, surtout du champagne) depuis une semaine au moins... J'ai fini par obtenir quelques chips et un jus d'orange (je n'avais pas dîné non plus), une poignée de mains absente de la diva (je discutais avec l'une des organisatrices, étais-je une VIP ?), et surtout, l'envie de découvrir une nouvelle auteure.
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02 avril 2008
Une solitude
« D'un point de vue des pratiques et des souffrances, tout écrivain peut se comparer aux plus grands. »
(Roland Barthes, à propos de Sollers et Proust)
« Une fin que l'écrivain lit dans sa solitude sociale. Car l'écrivain est seul, abandonné des anciennes classes et des nouvelles. Sa chute est d'autant plus grave qu'il vit aujourd'hui dans une société où la solitude elle-même, en soi, est considérée comme une faute [...]. Nous acceptons (c'est là notre coup de maître) les particularismes mais non les singularités ; les types, mais non les individus. [...] Mais l'isolé absolu ? Celui qui n'est ni breton, ni corse, ni femme, ni homosexuel, ni fou, ni arabe, etc. ? Celui qui n'appartient même pas à la minorité ? La littérature est sa voix, qui, par un renversement "paradisiaque", reprend superbement toutes les voix du monde, et les mêle dans une sorte de chant qui ne peut être entendu que si l'on se porte, pour l'écouter [...], très au loin, en avant, par delà les écoles, les avant-gardes, les journaux et les conversations. »
(Roland Barthes)
... Et d'autres lectures dans mon petit cagibi secret.
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