18 février 2008
Un samedi à la mer
Samedi, sortie avec le petit groupe de pré adolescentes que j'accompagne les vendredis soir de cette saison scolaire (avec A., devenue mon amie depuis 3 ans que je suis bénévole dans cette structure sociale), dans une Maison des Loisirs et de la Culture de banlieue. C'est l'issue d'une tentative de les amener - au départ par la parole - à avoir des envies de loisirs (!), de prendre l'initiative de se mobiliser... Résultat un peu ramollo malgré certains soubresauts, pour ce qui est de l'énergie collective en tout cas : trop de différences d'ages (11 à 15 ans), et filles/garçons dans les banlieues ça n'est pas simple ! C'est aussi un point d'orgue au projet pédagogique de l'animatrice qui sera notée dans le cadre de sa formation. Après des semaines de tergiversations, elle a donc décrété unilatéralement que nous irions à la mer. Trois ou quatre ateliers du vendredi à tenter d'organiser la sortie avec le petit groupe disparate, et nous voilà parties. Car seules les filles ont montré de l'intérêt pour cette sortie, les garçons ont boycotté ! Direction Fécamp, les falaises et les plages de galets que les six gamines n'ont jamais vues.
Le cadre c'est une journée éclatante du soleil blanc d'hiver, un ciel bleu azur et un froid sec. Je suis doucement fatiguée, (la veille au soir j'ai assisté à une conférence tardive) mais néanmoins ravie - presque surprise que ça m'arrive à moi -, alors je me laisse traîner flotter dans le déroulement de la journée, légèrement anesthésiée. Malgré l'attention incessante requise par les ados, je me laisse aller à l'avant du minicar que A. conduit avec célérité, touchée par ces paysages normands dont je réalise qu'ils font un peu partie de mes racines...
Une fois à destination, ça a été pour moi quelques heures à lutter courageusement contre un sol mouvant et menaçant, crapahutant maladroitement mais oxygénée par le vent vif du large, et devant un paysage à couper le souffle. Alors que nous arpentons les plages, je retiens et rapporte ici un florilège de petits échanges, de cadeaux aussi :
Durant le pique nique, assises sur les galets à 3 mètres de l'eau, nous avons devisé, tenté de répondre aux questions des gamines (que nous suscitons) sur les marées, le climat, les bateaux, ces mouettes un peu trop familières, les falaises, les phares rouges et verts à l’entrée du port, et ces galets dont la collection ne tarde pas à alourdir nos sacs. Et le cerf volant improvisé (par A., les ados ayant renoncé à le faire) qui refuse de prendre son envol dans une vrille gracieuse et nous fait rire. Oui c'est joyeux, je crois.
Sarra qui me demande, espiègle et grave à la fois de la prendre en photo, devant l’étonnante source qui surgit de la falaise, puis posée sur un caillou, puis sur la grève avec sa copine, et puis posée sur les algues découvertes par la marée descendante aussi, dans un geste du bras un peu emphatique (à l’intention de qui ?) : « Regardez, c’est ça ! » ; Sarra encore qui me confie un secret (« faut pas le dire, hein ! ») ; Maram m’offrant solennellement un galet trop lourd ; Ludivine qui nous explique que la mer veut l'emporter au loin, et qu'elle lui a léché ses pieds parce qu'elle l'aime ; Saousem petite crevette de 35kg qui m’aide à me hisser (!) sur une dune de galets ; Ludivine la collectionneuse de trouvailles qu’elle me présente fièrement, entassées dans un sac bientôt beaucoup trop lourd, parce qu'elle emporte aussi une bouteille remplie de sable et d'eau ; Assia et Amina les deux sœurs timides, gracieuses et trop silencieuses, parce que le Français ça n’est pas leur langue maternelle : Assia à la boucle d’oreille-en-or-du-bled perdue, et Amina distribuant une canette de Coca à chacune d’entre nous lors du pique nique ; Maram, devant une église : qu'est ce que c'est « ça » ; Saousem dans la voiture : pourquoi les scientifiques ils envoient des animaux dans le ciel ? ; Assia malade sur la route et qui m'offre un sourire désolé entre deux hoquets ; Saousem encore qui nous questionne sur les éoliennes ; et les trois fillettes qui se laissent faussement surprendre par des vagues et mouiller chaussures et bas de pantalons. Et toutes qui se sont partagé mon MP3 dans d'inévitables chamailleries, ayant réussi à trouver comment passer « Mistral gagnant » en boucle, pendant que je les reconduis vers leur quartier.
En souvenir, certains ressentis émotionnellement millimétrés, du vague, quelques photos un peu floues, et deux galets...
Peut être bien que c'est ça, du bonheur.
12:00 Publié dans Vibrations | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, écriture, blog





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Commentaires
Ca y ressemble bigrement :)
Ecrit par : Lukka | 18 février 2008
> Lukka, je crois qu'il m'aura fallu deux jours pour en arriver à cette conclusion ;-) L'essentiel est d'y être parvenue, n'est-il pas ? (Et de l'avoir vécu !)
Bises
Ecrit par : Eperdue | 18 février 2008
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